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Trouver sa place en dehors des cases

Deborah est formatrice en social media manageur. Elle transmet son expertise en gestion et  stratégie des réseaux sociaux, à des freelances ou des entrepreneurs. 

Ses forces ? Elle est neuro-atypique, autodidacte, et profondément empathique. Entre autres valeurs, elle défend la liberté d’être soi, et le refus d’être enfermée dans des cases.

La naissance et l’expansion de son entreprise sont très largement marquées par son histoire personnelle, car elle a souvent dû lutter contre des discriminations de toute sorte.
Elle partage avec nous, les étapes perso et pros qui lui ont permis de trouver sa place.

Trouver sa place

• Salut Déborah, peux-tu nous raconter ton parcours qui t’a amené à construire ton business ?

J’ai commencé très jeune à travailler: dès que j’ai terminé l’école.
La plupart de mes collègues de classe sont partis à l’université ou en école supérieure, en sachant exactement ce qu’ils voulaient faire. Moi, je ne me trouvais aucun talent et je n’avais aucun centre d’intérêt. 

J’ai bossé en boutique de prêt-à-porter, mais très vite, je me suis vite retrouvée en call-Center. J’avais le profil parfait pour ce type de poste car j’étais trilingue. En revanche , j’étais vraiment loin d’être épanouie.
Se diriger vers les hautes études paraissait une évidence pour tant de personnes, alors que moi: ça ne m’animait pas du tout. 

Ce décalage est une situation que j’ai très souvent expérimentée.

Je ne me comprenais pas. 
J’avais le sentiment d’être toujours différente.
Je me demandais toujours, pourquoi je ne pensais pas les mêmes choses que les autres.

Tu sais, la fille un peu étrange, qui rigole pas au bon moment, ni pour les mêmes choses que tout le monde. Je suis une fille qui rêve tout le temps. J’ai une imagination débordante donc j’imaginais toujours plein de choses.  Et dans ces moments là je me sentais bien.
Mais le reste du temps : je me sentais en décalage. 

À la fin du lycée, je savais au fond de moi que j’étais prête pour quelque chose de plus grand, de plus complet. 

Mais vu ce qui m’était proposé dans les études:  ça ne correspondait pas, et renforçait ce ressenti de me trouver encore bizarre .

Au bout de 7 ans en call center, je postule pour d’autres postes, car celui que j’occupe m’embête un peu . Entre-temps, j’ai eu une petite fille. Je me suis également convertie à l’islam, et je porte le foulard.
Mon profil professionnel reste le même (celui qui m’a permis de trouver du travail hyper rapidement),  mais je n’essuie que des refus. Par discrimination. Par exemple à la poste: on m’a ouvertement confirmé que le port du foulard était incompatible avec le job. Je n’étais pourtant même pas en contact avec la clientèle. 


Parallèlement, on a détecté que ma fille avait un haut potentiel émotionnel et intellectuel. En cherchant ce que cela impliqué et comment elle pouvait réagir, ressentir les choses, etc… je me suis découverte, moi aussi neuroatypique.

Et cette étape-là a été révélatrice pour moi.  

J’ai commencé à me comprendre,
et je n’ai plus essayé de rentrer, à tout prix,
dans les cases dans lesquelles le monde voulait me faire rentrer .

Par exemple, toute cette imagination débordante relève d’un côté très créatif. C’est juste que je ne savais pas quelle créativité me convenait,ni dans quel type de créativité j’allais pouvoir m’épanouir, ni comment l’exploiter.


J’arrivais enfin à me dire “ mais en fait Déborah: arrête d’essayer de rentrer,  ou de rester absolument dans ces cases, car tu ne t’y sens pas bien.  Tu es en train de te faire violence pour essayer de plaire aux gens, tout en essayant de te plaire à toi-même, et de rester alignée avec tes convictions et tes valeurs” . 

J’ai alors commencé à lâcher du lest, et j’ai décidé de rester en centre d’appel le temps de trouver ce qui me convenait vraiment.
En tout, j’ai fait plus de 10 ans en call center.Jusqu’au jour, où j’ai eu quelques soucis avec mon dernier employeur qui n’a pas été honnête dans les conditions du contrat de travail .. et ça m’a valu un redressement fiscal de fou ! Il  s’est totalement déresponsabilisé .  

Ça a été la goutte d’eau. 

J’ai pris mes affaires et je suis  partie au Maroc avec ma fille. 

Je bossais toujours pour le même patron, mais là-bas. J’étais chargée de recruter de nouvelles équipes ,et de les former.
Mais de nouveau j’étais de nouveau hyper mal dans mon corps, parce que j’étais sensée:

  • former des gens à un métier qui ne me plaît pas.
  • leur transmettre cet amour de ce métier.. que je n’ai pas.
  • leur enseigner des techniques que je ne cautionne pas, et des valeurs que je ne partage pas 

J’étais désalignée avec beaucoup d’éléments de cette activité.
Donc j’ai fini par annoncer à mon patron que 3 mois plus tard, je ne travaillerais plus pour lui. Avant même d’avoir retrouvé un autre travail.

De pouvoir m’affirmer a été une sortie de zone de confort de dingue pour moi !
J’arrivais enfin à dire “voilà, ça je ne veux pas”. 

J’avais accepté trop longtemps une situation qui ne m’épanouissait pas. J’étais tellement mal, que j’ai fait une dépression sévère avec des troubles de l’angoisse généralisés. J’ai perdu mes cheveux par paquet. Et littéralement, pour sauver ma peau: il fallait mettre un terme à ce contrat .

Ma démission a été mal acceptée. On a énormément essayé de me culpabiliser, mais en arrivant à prendre du recul: j’ai compris que ce n’était que de la manipulation, et que c’était des personnes toxiques. Cette attitude m’a conforté dans l’idée que je devais partir.

Je n’avais d’économies que pour tenir 2 mois seulement.J’étais vraiment dos au mur.
Je sentais que j’avais besoin de rester dans ma bulle, et de me reconstruire …mais j’avais aussi besoin de gagner de l’argent.


J’ai donc cherché à travailler de chez moi, sur internet, et j’ai découvert l’affiliation. Ce fût la petite porte d’entrée à l’entreprenariat en ligne. J’ai souscrit à la formation d’Emma, d’ambitions féminines.

C’est comme ça que j’ai découvert que je pouvais produire,
et construire des choses,
de là où j’ai envie de le faire,
de la façon j’ai envie de le faire,
au moment où j’ai envie de le faire.


Ça correspondait totalement à mes idéaux professionnels, et  j’ai pu entrevoir que c’était possible.  

J’ai découvert des parcours atypiques de réussite dans l’entreprenariat en ligne. Ces personnes  s’étaient enfin senties libres de pouvoir mettre leurs compétences au service des autres. Et l’idée qu’à long terme, je pourrais transmettre des choses que je connais, ou que je sais faire, m’a énormément plu.  L’urgence du moment restait, malgré tout, de générer assez de revenus pour assumer ma décision d’avoir quitté mon job.

Cette découverte représente un tournant majeur dans ma vie, aussi parce que j’ai rencontré Emma, qui vivait aussi au Maroc.
On s’est liées d’amitié, et on a finalement travaillé ensemble.

J’étais une adepte de Pinterest depuis quelque temps. C’était un réseau que j’aimais beaucoup.

Je parlais tellement à Emma des possibilités de trafic que ça apportait, qu’elle m’a proposé un contrat de prestataire, pour la gestion de son compte pinterest. 

Je n’en revenais pas que ce soit possible.

Et c’est ainsi que c’est devenu ma toute première cliente. C’était en 2018, la puissance de Pinterest n’était pas encore aussi bien connue que maintenant.

Pourtant tu n’avais aucune formation ?

Non en effet, je n’avais aucune formation, mais je savais vraiment parfaitement ce que je faisais. Je savais très très bien comment utiliser Pinterest, et je m’informais énormément sur ce réseau là (sûrement par passion).
J’appliquais tout ce que je trouvais comme contenu gratuit, et  j’avais la preuve que ça fonctionnait pour moi. J’avais un compte Pinterest qui ne renvoyait vers rien (aucun blog ni business), mais qui enregistrait 1 million de vues ! 
Cette première expérience avec Emma a été très concluante, et le bouche-à-oreille s’est mis en route hyper rapidement. Dans le mois et demi qui a suivi, j’ai eu 3 clientes. 


C’était suffisant pour mes besoins. 

C’était dingue au final.

Je me demandais juste pourquoi je n’avais pas découvert ça avant. C’est juste génial ! Je m’éclatais à gérer des comptes géniaux, pour des personnes que je trouvais géniales. Ça ressemblait plus à un challenge, à un jeu qu’autre chose.
Ça m’a redonné espoir.

Si tu avais découvert  cette possibilité à ta sortie du lycée , penses-tu que tu aurais cru que c’était possible ? ou aurais-tu quand même cherché à emprunter un chemin classique ?

Si j’étais sortie du lycée aujourd’hui en 2022: oui je l’aurais fait directement. Mais, je suis sortie dans le début des années 2000. À l’époque, Internet n’était pas hyper développé: je n’avais pas d’exemples de réussite. Donc je ne l’aurais sûrement pas fait.

Le système scolaire ne met pas assez en avant ces possibilités là. J’étais très très frustrée,car à la fin de mon cursus, je me suis vraiment demandée ce que j’allais faire. Et c’est pour ça que je suis partie dans le premier magasin où j’ai vu qu’on chercher quelqu’un.
Si j’avais dû m’inscrire à l’école, je ne sais vraiment pas ce que j’aurais choisi comme direction.  

En te lançant dans cette carrière sur le Net, as-tu douté que ça puisse marcher ?

Est-ce que j’ai douté, ou est-ce que je doute encore ? Lol
On a toujours un syndrome de l’imposteur qui est présent. D’autant plus quand on a un cerveau qui tourne H 24 , sans bouton off.  On a 1000 idées à la seconde, et sur ces 1000 idées : on a 500  doutes associés .

En 2018, oui,  j’ai douté que ça puisse marcher et durer, mais je ne me suis pas posée 1000 questions. J’y suis allé tant que ça fonctionnait, tout en essayant de voir à côté ce que je pouvais réaliser. Je me suis formée avec ce qui me restait de mon salaire. 
Je n’épargnais pas à ce moment-là. Je n’étais pas dans cette optique là, mais plutôt dans celle de vouloir générer plus. Car je n’avais que 3 clientes. J’ai investi mon argent dans des formations pour exceller dans mon domaine. 

Pas tant, parce que je doutais de ce que j’étais capable de proposer comme service, mais parce que je ne voulais surtout pas me planter sur le compte de quelqu’un d’autre.

C’est encore quelque chose qui est très important pour moi. 

Aussi bien dans les rares prestations que j’assure encore, que dans les formations que je donne: je ne veux faire aucune erreur.

Je veux que les gens soient serein.e.s en utilisant mon contenu, 
ou en faisant appel à mes prestations.

À l’heure actuelle, je cherche encore à me perfectionner.  Je suis vu comme une experte dans mon domaine (les réseaux sociaux: principalement Pinterest-LinkedIn-Instagram) mais ça va très très vite dans ce milieu, donc je suis vraiment au taquet. 

• Même si c’est arrivé un petit peu par accident, et presque issue d’une discussion sur un coin de table: il y a quand même un autre enjeu derrière tout ça. La volonté de dépasser les problèmes de discrimination notamment 
Est-ce qu’à cette étape-ci, déjà, tu raccrochais ton entreprise à cette contribution
?
À la volonté de prouver qu’on pouvait réussir, quelles que soient ses convictions 

Bien sûr dès le début ! Parce qu’au-delà de ce récit que je viens de faire:  je suis fille et petite fille d’immigrés. 

Mes arrière-grands-parents maternels sont venus de Slovénie en Belgique (ma grand-mère est née pendant ce voyage), et  mon père était réfugié politique venu de Pologne.  Il a vécu aux premières loges la guerre, le ghetto de Varsovie. Il a vu le pire en bas de chez lui.
Ma grand-mère maternelle était couturière dans le milieu de la petite noblesse belge, donc elle avait une bonne place. Mais elle n’a jamais été reconnue, ni eue d’honneur pour ça . Elle a eu 9 enfants dont ma mère. Du coup, ma mère a toujours attaché une grande importance à la reconnaissance et au statut social. Elle était très exigeante avec mon frère et moi, à ce niveau.

A contrario, mon père était ingénieur nucléaire en Pologne . Il a parcouru le monde avec ce diplôme et, est finalement arrivé en Belgique en tant que réfugié politique.Il parlait hyper bien français. Pour autant, il a subi un a priori collectif, qui est qu’une personne avec un accent, est bête .
Il a toujours dû lutter contre ce type de discrimination. Même si sa prestance et son charisme naturels, lui ont permis de décrocher de gros contrats 
Sans le savoir, il m’a appris à persévérer pour réussir, sans laisser le look définir qui on est.

“C’est à toi d’ouvrir ta bouche pour montrer ce que tu as dans la tête,
et parfois dans le cœur.
C’est en montrant tout ça aux gens, que tu vas leur prouver
qu’ils ont faux sur toute la ligne” 

Quand je pense à lui, c’est vraiment une force.

Les remarques discriminantes: je les ai entendues. Mon nom de famille qu’on écorche en le prononçant: je l’ai entendu depuis toute petite. La discrimination, quand j’ai fait le choix de me voiler, je l’ai subi aussi…

trouver sa place discrimination

Cette lutte a-t-elle été une valeur forte dès le début ?

Oui ; parce qu’au départ, je le voyais, et ensuite, je l’ai vécu. D’abord par mon patronyme, et ensuite quand je me suis convertie. Mais c’est pour les autres que c’est un problème. Moi, je vis bien mon nom (et j’en suis fière), je vis bien aussi mon parcours, ma religion.

J’avais toujours cette impression de devoir justifier,
que la personne que je suis et mes compétences,
n’étaient pas ce que les gens imaginaient de moi par rapport à mon apparence.

C’est comme dire “je suis quand même intelligente”  “je ne suis pas méchante” “je ne suis pas tout ce que vous pouvez avoir en tête”.Je luttais pour gagner une place.

• Cette nécessité de prouver sans cesse ta valeur, que ton père t’avais transmise, ne t’a pas aidé à trouver ta place? Car j’ai l’impression, dans ta façon de le raconter, que c’est de comprendre que tu étais neuroatypique qui t’a aidé à prendre ta place.

Si si,il y avait une dualité.
Il y a un caractère génétique à la neuro-atypie, donc découvrir que je l’étais m’a permis de comprendre beaucoup de choses sur mon père (même s’il n’est plus là) . Il avait une espèce de hargne, et quand il a perdu son dernier contrat: il a encore subi une nouvelle discrimination. Celle d’être soi-disant trop âgé.

Pourquoi ?

On pourrait utiliser les compétences et toute l’expertise de cette personne, quel que soit son âge, pour instruire des jeunes.
Mon père ne savait pas s’arrêter de travailler, et je tiens ça de lui. J’ai beaucoup de mal à m’octroyer des jours off. Je m’en impose parce que j’ai aussi une vie de famille, j’aime jouer aux jeux vidéos etc.. mais je culpabilise souvent.

Et c’est d’autant plus difficile quand on n’est passionné par ce qu’on fait 

Oui, et c’est justement ce qui manque à l’école. Consacrer une heure par semaine à la recherche de cette passion.

Quelles sont vos passions ? 
Dans quoi êtes-vous bons ? 
Dans quoi excellez-vous en dehors de l’école ? 
Qu’est ce que vous aimez faire ? 
Qu’est-ce qui vous fait vibrer ? 
Qu’est-ce qui vous fait rêver?

Même si la réponse est : vous excellez aux jeux vidéos, pourquoi ne pas en créer ? Créer des applications , de nouveaux personnages,… ou même un réseau social 

Désormais es-tu uniquement formatrice, ou réalises-tu  encore des prestations de community management ?

Je suis exclusivement formatrice sauf pour les quelques prestations que je prends encore . Parce que je pense que je ne peux pas être formatrice, si je ne suis pas encore dans la réalité du terrain. 


C’est une leçon que j’ai apprise en travaillant en centre d’appel. Les formateurs qui savaient répondre à nos questions, sont ceux qui prenaient encore des appels. Ceux qui n’en prenaient pas, ne savaient pas y répondre. Donc c’est vraiment un schéma que je ne veux pas reproduire.

J’aime bien avoir une ou 2 longueurs d’avance. 

Je n’accepte pas des prestations tous les mois, sinon je ne pourrais pas avancer mes autres projets. Mais j’en prends encore ponctuellement pour garder la main. Ça me permet d’être efficace dans le contenu que je produis, aussi bien les formations que les publications 

Est-ce pour te prouver ta légitimité à  toi-même, ou pour la prouver aux autres ?

Je crois vraiment que c’est pour me la prouver moi-même. Je pense que je n’ai rien à prouver, car  les retours qu’on me fait sont toujours bons. C’est vraiment pour me le prouver personnellement, parce que c’est que j’ai eu le plus de mal à faire:  parler de ce que je sais faire, sans en rougir .

La nécessité de t’affirmer transmise par ton père a été contrebalancé par la discrimination que tu as subi,  et mis un frein à y croire totalement ?

Oui c’est: “te la raconte pas trop quand même ».  

Y a eu une espèce de dualité, de balance où j’ai dû trouver mon équilibre. 

Et c’est jamais fixe une balance . On continue toujours à se chercher un petit peu . Donc garder ces quelques prestations m’aide à trouver cet équilibre, car les retours sont positifs.  Je suis assez exigeante avec moi-même, donc je pratique toujours les choses avec excellence, en donnant le meilleur.

Lorsque tu t’es lancé dans cette carrière, l’affiliation était peu connue. Ton entourage a-t-il essayé de te dissuader, ou critiqué ?

Mis des barrières: non. Des inquiétudes: oui. Mon frère est toujours très encourageant , même s’il ne comprend pas toujours ce que je fais, mais il croit toujours en moi.


Ma maman est très rationnelle, très terre-à-terre. Puisque je n’avais plus de contrat, elle pensait que je n’avais plus de travail. Elle s’inquiétait pour ma pension de retraite…mais je pense que c’est avant tout, générationnel.  


Donc je l’ai rassuré en lui disant: “ne t’inquiète pas, je gagne suffisamment d’argent pour vivre correctement. Et s’il y a un problème je te préviendrai , mais s’il te plait ne t’inquiète pas parce que je ressens et j’absorbe cette inquiétude” 


Du coup: elle est très encourageante même si elle ne comprend pas avec précision ce que je fais.
Le seul qui aurait pu comprendre ce que je fais, c’est mon père, car il était aussi indépendant. Il n’aurait pas eu cette peur de manquer, et aurait perçu les opportunités.

Au-delà d’un choix de statut, être entrepreneur, c’est se détacher de ses peurs. La peur du manque de salaire fixe, de retraite…etc. C’est accepter de se dire: “je sais pas comment je vais le faire, mais je vais le faire”. 

Oui mais moi, j’adore ça. 

Être au pied du mur me stimule.  

Depuis l’école, je suis hyper organisée. Je faisais des supers plannings, plusieurs semaines à l’avance, mais une fois, le programme établi: je trouvais toujours des choses à faire jusqu’à la deadline. Soit environ : 2 jours avant, ou la veille. J’ai toujours réussi ainsi, et c’est encore le cas.

Je prévois mes prestations suffisamment à l’avance, mais je les réalise au dernier moment en étant boostée par le stress positif. 

C’est aussi ce qui m’a permis de sauter le pas pour quitter le salariat. Si je n’avais pas eu cette deadline financière de 2 mois: je n’aurais pas autant été active dans la concrétisation. 

Et en effet, je me disais:

 “Je sais pas comment je vais le faire, mais je vais le faire,
et je vais tout donner ”
Pour moi, c’est pas possible de ne pas réussir

quelque chose quand tu donnes tout. 
C’est impossible!

Peut-être qu’on ne réussit pas LA bonne chose, ou l’action qui fonctionne du premier coup, mais on réajuste, on continue, on persévère et on y arrive. 

Ton pourquoi et tes valeurs fortes (comme la liberté d’être soi, la lutte contre la discrimination..) font-ils partie de ta communication, et des éléments que tu mets en avant dans les services que tu proposes ? ou bien, restes-tu dans un discours plus généraliste (en évoquant la liberté de travailler de chez soi par exemple) ? 

C’est ce qui me fait le plus défaut: réussir à parler de ces valeurs-là. J’essaye de le faire quand j’y pense, mais je suis encore assez pudique dessus.

Ça m’anime, et je souhaite le partager. Mais, ça signifie dévoiler des choses de ma vie. J’arrive à le faire avec de plus en plus d’aisance, mais j’ai parfois peur de heurter . Je cherche mes mots pour ne blesser personne, et aussi pour ne pas que mes propos soient mal interprétés. Car je veux inspirer, booster , encourager et surtout pas l’inverse. 

J’ai réussi à parler de la social media school comme une solution à la lutte contre la discrimination grâce à une super copywriter. Et sur la centaine de personnes qui ont rejoint la formation, plusieurs m’ont confié s’être reconnues dans la page de vente. 

Je m’adresse aussi beaucoup aux femmes qui ne sentent pas complète.
C’est-à-dire des femmes qui sont heureuses ,mais qui ne se sentent pas dans l’accomplissement .

Parfois même, des femmes qui ne savent pas encore ce qu’elles veulent /peuvent accomplir, mais qui sentent un truc en elles qui leur dit “tu peux faire plus, il y a plus qui t’attend” .

Un peu comme toi à la fin du lycée, au final ? Tu utilises les mêmes mots quand tu en parles

Exactement, et je cherche encore comment intégrer ce message fort, de la meilleure façon, dans ma communication au quotidien. 

Car la discrimination sous toutes ces formes me révolte. 

J’ai une amie, dont la fille est handicapée (voici son témoignage)  mais qui a des capacités de réflexion exceptionnelles. Cette copine me rapporte des témoignages de travailleurs handicapés que l’on cantonne à enfiler des perles. 

Je trouve ça injuste, je ne suis pas d’accord.

J’ai besoin de me sentir utile dans ce que j’ai fait,
et d’apporter ma petite pierre à l’édifice. 

Je ne veux pas faire juste de la prestation de services, qui sert uniquement mes clients . J’ai besoin de plus.

Car je sais que je suis prête, et faite, pour plus. 

J’ai besoin d’ouvrir les yeux aux personnes victimes de discrimination qui ont de l’or entre les mains et dans la tête.

J’ai envie de leur dire:

 “Vous n’êtes pas réduite à ce que le monde dit de vous.
Et personne ne doit décider pour vous ce dont vous êtes capables”.

 Car je ne suis pas d’accord avec ça ,et je veux faire partie de ce process de déconditionnement.

J’ai toujours ce doute de savoir si je suis légitime, et si on entend mon message surtout. Parfois, les personnes sont pudiques sur les retours. Mais quand des  inscrites à la formation m’envoient des messages, en me disant“ta formation m’a permis de me libérer et de déployer mes ailes. De m’accomplir pleinement.”: ça me donne les larmes aux yeux, car je me sens vraiment utile à quelqu’un.

Le complexe de l’albatros

Je sais pas si tu connais le complexe de l’Albatros ? c’est vraiment typique de toutes ces personnes que je veux aider, et que j’étais avant.
Quand il déploie ses ailes, un albatros a une envergure immense. Mais lui, n’est pas si grand que ça , donc quand il marche : il marche sur ses ailes et tombe.

Pour que sa prestance soit visible, et que tout le monde puisse voir ce qui le rend beau et majestueux, il faut qu’il déploie ses ailes: absolument ! Il faut qu’il vole . C’est en volant qu’il va être lui, et déployer toute sa splendeur. 

Quand la professionnelle  m’accompagnant dans la découverte de ma neuro-atypie m’a expliqué ça.: je n’ai pas été bien pendant plusieurs jours. Car c’est tellement ce qu’on vit. On se fait petit, mais on ne se sent pas bien: on ne fait que tomber . Alors qu’il faut voler. Un albatros quand il vole, personne ne remet en question sa nature, ni sa prestance .  

trouver sa place-neuroatypique

Si c’était à refaire, que chercherais-tu à faire de différent dans ton parcours ? Chercherais-tu à mieux te connaître, en suggérant que le problème ne vient pas de toi, mais de ce système de cases ?

Ma réponse va être très classique, mais on ne peut pas modifier le temps. Le web et le travail sur les réseaux sociaux, n’étaient pas aussi exploitables que maintenant quand j’ai commencé à les découvrir . 

Donc dans la chronologie dans laquelle j’ai vécu les choses: je ne changerais rien. 

Je suis beaucoup dans la réflexion  et l’intellectualisation . J’ai besoin d’analyser une situation sous tous ses angles pour la comprendre. J’ai besoin de ce temps de réflexion, et de compréhension, pour être certaine que c’est OK .

As-tu eu besoin de te pardonner de ne pas t’être accepté dans ta différence ?

Je n’ai pas eu à me pardonner d’être différente, j’ai eu besoin de temps pour pardonner à énormément de personnes ,et de l’emprise qu’elles avaient eu sur moi.
Je travaille beaucoup là-dessus, et maintenant: je préfère réfléchir aux solutions plutôt qu’au problème.

Analyser le problème ou les problèmes ne va rien changer à part t’enrager, et nourrir une sorte d’animosité. Ce n’est pas la bonne énergie. 

Je m’axe sur la solution maintenant, mon énergie est plus utile.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui ne se sent à sa place dans aucune case , et qui se dit “ je sens qu’il y’a quelque chose de différent pour moi “ ? mais dont la peur le cantonne à l’immobilisme 

  1. 1er conseil, je lui dirais :

“Si tu te sens à ta place dans aucune case,
alors c’est qu’aucune case n’est faite pour toi.
Donc vas voir hors de ces cases.”

Ces cases sont là, mais elles ne définissent pas le monde. Le monde est rond, et ne se limite pas à quelques carrés. Pose-toi- la question et va chercher plus loin . 

  1. Ensuite, je reprendrais les questions de tout à l’heure: 

Quelles sont tes passions ? Dans quoi tu es bon ?  Qu’est-ce qui te fait vibrer ?” 

Car beaucoup de personnes pensent qu’elles ne savent rien faire sous prétexte qu’elles n’ont pas de compétences techniques ou de dons comme le dessin. 

  1. Et pour finir, je lui parlerais de l’albatros ! 

Même si, je pense que c’est en train de changer, la société tend à nous faire croire qu’un métier est un métier, une passion est une passion. Mais que les deux ensemble: c’est pas possible.Si ta passion c’est le tricot, on te fait vite comprendre que c’est pas un métier.

Exactement alors que des tas de personnes aimeraient savoir tricoter ,et que des femmes cartonnent, avec leur boutique Etsy.
Toute connaissance peut être exploitée.

Il faut aussi assimiler l’idée qu’un parcours prend du temps. On voit beaucoup de réussites fulgurantes sur les réseaux sociaux notamment . Mais les réussites qui durent, qui sont ancrées prennent du temps . Et c’est normal
Le fonctionnement des réseaux sociaux nous encourage à zapper et scroller.Il faut se défaire de ce type de comportement

 
Et attention aussi de ne pas se comparer, car les gens ne montrent que ce qu’ils veulent.Les stories et les publications ne sont pas la seule réalité d’une situation.

  • Donc si un contenu fait naître un mal-être et un sentiment d’illégitimité: alors  désabonnez-vous de ce compte toxique pour vous et vos pensées
  • Si le contenu vous inspire :allez parler à la personne pour avancer, et demander des conseils si besoin 

Retrouvez Déborah sur son blog, et sur Instagram.

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